Les pratiques au village

Ce chapitre est consacré aux cultures vivrières, principalement le mil et le sorgho. Sur ces céréales, les paysans  pratiquent l’agroécologie traditionnelle. Ils ont acquis des savoir-faire (cordons pierreux anti-érosifs, zaï …) Ils produisent leur semence à partir de leur récolte, n’utilisent pas d’engrais minéraux, de désherbants, d’insecticides. Mais cette agroécologie peut être  améliorée pour augmenter la production des céréales.

Tous les habitants des villages cultivent la terre pendant la saison pluvieuse de juin à octobre. Une famille exploite généralement de 2 à 6 hectares, souvent loin du village ( à 5 km en moyenne) ce qui l’ oblige à loger dans un campement pendant la saison pluvieuse. Les cultivateurs passent autant de temps dans les déplacements qu’à cultiver.

A Sanrgo, le nombre de personnes à nourrir par famille élargie varie le plus souvent entre 6 et 14 personnes dont 4 à 6 enfants. Les besoins annuels en céréales sont de l’ordre  de 1 300 kg pour une famille-type de 8 personnes. La majorité des familles ne produit pas assez de céréales pour se nourrir toute l’année.

Une saison de culture

Aux premières bonnes  pluies de mai ou  de juin, les familles commencent à semer avec la pioche à semer dans les trous de zaï  (plusieurs graines dans chaque trou) qui ont été creusés pendant la saison sèche. D’autres sèment directement sans travail du sol.(le labour n’est pas indispensable) Certains attendent  que le sol soit suffisamment humide pour labourer avec les ânes ou les boeufs. Ensuite, ils sèment avec la pioche à semer.

 Parfois les pluies sont trop espacées pour avoir de bonnes levées de plantes, il faut alors resemer.

C’est une course de vitesse entre la culture et les mauvaises herbes qu’il faut supprimer sous un soleil ardent. Le démariage est souvent effectué lors du 1er désherbage pour ne laisser que 3 à 5 pieds. 2 à 3 binages manuels sont nécessaires.

 

En octobre, la récolte est manuelle. Celle-ci est tributaire des pluies et de la technique (zaï amélioré). En culture traditionnelle  et sans compost, les rendements moyens des cultures vivrières sont très faibles, de l’ordre de 1 à 5 quintaux par hectare selon la pluviométrie. Les récoltes sont conservés dans des greniers à mil.

 

 

  Les terres et les engrais chimiques

Un peu de raisonnement :

Dans la région de Kongoussi, les sols exploités sont le plus souvent profonds et de texture sablo-limoneuse. La plupart sont dégradés à cause du manque d’humus.

Solibam a fait analyser plusieurs terres de Sanrgo et de Kongoussi. Les sols sont très pauvres en humus mais riches en potasse, magnésie et  chaux. Par conséquent, ces sols peuvent se passer d’apport de ces éléments.

Les cultures vivrières (mil, sorgho) ont un faible potentiel de rendement, donc peu de besoins. En général pour ces cultures les cultivateurs ne mettent pas d’engrais minéraux parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter, même subventionnés par l’Etat ( en 2016, le village de Sanrgo n’a reçu que 10 sacs d’engrais pour tous les cultivateurs !) On peut regretter que hormis l’urée (azote) les engrais commercialisés au Burkina ne soient pas adaptés à leurs terres.

Selon un récent rapport de la banque mondiale, les aides internationales  et nationales à l’achat des engrais chimiques ont  peu d’effets  sur l’augmentation des rendements des cultures vivrières. La filière coton  profite  de ces aides et une bonne partie sert au fonctionnement des administrations.

Pour les cultures maraîchères irriguées(tomates, haricots verts, carottes,oignons...) l’approche des  cultivateurs est différente. Ces plantes ont un fort potentiel de rendement, leurs besoins nutritifs  sont élevés. Elles pourraient être fertilisées uniquement par le compost  qui apporte tous les éléments indispensables, mais comme il en  manque énormément pour en mettre sur toutes les parcelles de l’exploitation,  les cultivateurs épandent des engrais minéraux sur les cultures maraîchères, parfois en trop grande quantité, sans raisonnement. Ils peuvent acheter des engrais car la vente des légumes dégage un petit bénéfice.

 

 

                                                Les cordons pierreux et le zaï

 

Les cordons pierreux sont répandus. Leurs avantages sont reconnus, ils retiennent l’eau et la terre pendant les pluies diluviennes.

Tous les cultivateurs connaissent les bienfaits du zaï mais tous ne le pratiquent pas. La pénibilité du travail et le manque de compost sont le plus souvent cités.

Lorsqu’il est pratiqué, la surface en zaï varie entre 0,5 et 2 hectares. Le nombre de trous à l’hectare est généralement faible et la dose de compost réduite. Le produit épandu comprend souvent des débris non décomposés.

Les paysans ont des marges de progrès comme nous le verrons dans les chapitres suivants: zaï amélioré et  fabrication du compost.

 

 

 

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