Agriculture au Burkina

Le Burkina: 19 millions d’habitants dont 85 % vivent de l’agriculture.

Le secteur agricole et de l’élevage contribuent pour 40% du PIB et assurent l’emploi de 80% de la population.

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La vie agricole est marquée par un climat tropical qui comporte 2 saisons très contrastées:

-une saison de pluies qui dure 4 à 5 mois (de mai-juin à septembre -octobre), avec des hauteurs de pluie de 600 mm au Nord et 900 mm au Sud.

-une saison sèche de plus en plus longue au fur et à mesure que l’on va vers le Nord.

Les mois les plus chauds sont mars et avril, avec des températures maxima qui dépassent souvent les 40° C, tandis que que les mois les plus frais sont décembre et janvier.

85% des surfaces cultivées sont consacrées aux céréales.

C’est surtout le sorgho (appelé gros mil) et le millet (appelé petit mil). Ces plantes sont à cycle court (4 mois), adapté à la saison pluvieuse. Cette courte durée de végétation limite leur potentiel de rendement.

“Génétiquement parlant, le mil reste très peu connu. Cette céréale n’intéresse en effet qu’une poignée d’équipes de recherche dans le monde”.

La production de maïs et riz augmente dans le Sud, là où les pluies sont suffisantes. Le Burkina est également un grand producteur de coton. La culture du sésame est en progression. Les cultures maraîchères sont développées autour des lacs et barrages.

Forte domination de l’élevage traditionnel:

Les espèces par ordre d’importance: bovins, ovins, caprins, porcins, volailles.

– Elevage extensif (surpâturage, animaux en divagation se nourrissant de jeunes pousses, ne laissant aucune chance de croissance des arbres)

(La ferme pilote de Guié pratique l’élevage rationnel des bovins et développe le bocage sahélien)

- Exportation du bétail sur pied, faible rendement et rentabilité.

- La production de lait est loin de couvrir la demande nationale.

 

Le pays a des potentialités agricoles qui sont insuffisamment exploitées :

- Absence d’une véritable politique agricole.

- Par manque de moyens, seulement 1/3 des terres cultivables sont mises en valeur.

- Des jeunes se détournent de  l’agriculture pour l’orpaillage, des terres agricoles (ex  13 000 hectares près de Kongoussi) sont converties en sites industriels d’extraction de l’or qui ne profite pas à la population.

- Manque de techniciens-animateurs de terrain.

- Formation professionnelle insuffisante.

- Faible organisation des marchés.

- Difficulté d’accès au crédit.

- L’activité agricole n’est pas valorisée (Les paysans n’ont pas de statut).

 

 Statut professionnel

A la question que fait ton père, un jeune burkinabè à répondu: « Rien il est paysan ! »

Et pourtant, c’est son père qui  l’a nourrit, habillé, soigné…et qui lui paie ses études!

La Confédération Paysanne du Faso, demande au nom de tous les producteurs: « Que l’agriculteur soit doté d’un statut professionnel et que le métier soit reconnu et valorisé »

Edgar Pisani écrivait dans son livre « Pour l’Afrique » (1988) : Qu’est-ce qui a le plus nui à l’Afrique au cours de son histoire ?… c’est le mépris dans lequel elle a tenu ses paysans…c’est l’impasse faite sur le paysan qui engendre tous les déséquilibres alimentaires, économiques, financiers, écologiques, sociaux ou politiques.

 

 

Tracteur ou boeufs pour la traction?

Le tracteur est utile mais il est très souvent inadapté aux petites exploitations pratiquant les cultures vivrières. Engraisssés à la fin d’un cycle de 4 ans, les boeufs prennent de la valeur et procurent un revenu à la vente. Mais surtout les boeufs produisent du fumier transformé en compost. C’est ce dont les paysans ont le plus besoin pour augmenter leurs récoltes.

 2 boeufs attelés labourent plus vite que les ânes, un avantage pour réussir les semis. Un jeune boeuf acheté maigre coûte en moyenne 150 000 cfa (228€)

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Le tracteur d’Emmanuel  équipé d’un outil de travail du sol et d’une remorque a coûté 25 000 €. Le financement est un problème malgré une subvention de l’Etat de 9 000 € (1 tracteur subventionné par Province !)

Un tracteur peut se louer mais le prix n’est pas à la portée d’un grand nombre de cultivateurs ( ex 34 € pour labourer 1 hectare avec chauffeur)


Prix agricoles et pauvreté

 

2016: Accord en cours de libre échange entre l’Europe et les Pays de l’Afrique de l’Ouest (APE)

Selon le ROPPA ( réseau de producteurs africains et d’organisations paysannes),« Si cet accord est signé, il détruira l’économie rurale et l’emploi paysan, provoquant une migration  des campagnes vers les villes… et vers l’Europe »

et les jeunes continueront  à pratiquer l’orpaillage…

 

 

 

 

 

 

 

Selon Maurice Oudet, Président du Sedelan à Koudougou, les règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ne permettent pas à la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) de protéger son agriculture, ce qui engendre la pauvreté des paysans africains. Pour y remédier, Jacques Berthelot, spécialiste du commerce mondial et de l’agriculture, propose d’introduire des prix d’entrée fixes et des prélèvements variables sur les produits agricoles et alimentaires importés (riz, lait, céréales, fruits et légumes etc.)

“Ces prélèvements variables sont seuls capables d’assurer aux agriculteurs des prix rémunérateurs et stables sans léser les populations urbaines. C’est ce  système de protection efficace que l’Europe a utilisé quand elle a mis en place la PAC, et cela jusqu’en 1994”.

« Les paysans du Burkina sont capables de nourrir la population du pays » pour peu qu’ils soient aidés comme ils le sont chez nous.

En savoir plus :

- lettres d’information du Sedelan  www.abcburkina.net

- Réguler les prix agricoles (parution 2013). Auteur: Jacques Berthelot

 

Le mil et le haricot sec (niébé) sont la base de l’alimentation quotidienne des burkinabè.

Le mil est la principale céréale qui sert à préparer le tô, plat national incontournable. Le tô est servi avec une sauce, le plus souvent au gombo.

Dans les villages, les légumes verts ne font pas partie de l’alimentation quotidienne.

Mil et haricots secs sont cultivés pendant la saison des pluies orageuses. Elles n’ont pas besoin d’être irriguées. L’enjeu consiste à retenir l ‘eau de pluie dans les parcelles( cordons pierreux, technique du zaï, haies vives)

 

 Les techniques agroécologiques intensifiées sont les mieux adaptées pour développer l’agriculture du Burkina.

« l’agroécologie est la science de la gestion des ressources naturelles »

Ces techniques sécurisent la production dans le temps car les plantes peuvent s’adapter aux mauvaises années.

Des rendements de mil et  sorgho multipliés par 2 à 3, c’est possible  sans irrigation et sans achats d’intrants (semences, engrais,traitements)

“ Pierre Rabhi, Thomas Sankara… et bien d’autres ont été les pionniers pour la promotion de l’agroécologie”.

Les domaines de l’agroécologie et de l’agroforesterie :

-La fertilisation organique fondée sur le compostage, une pratique qui a l’avantage d’être accessible aux paysans. (Les engrais chimiques commercialisés au Burkina ne conviennent pas à leur terre et les paysans n’ont pas les moyens d’en acheter)

-L’élevage rationnel des bovins pour la production du compost et la traction animale.

-Des traitements phytosanitaires aussi naturels que possible.(exemple, le neem)

-Des espèces et variétés adaptées aux divers territoires et reproductibles par les cultivateurs (ce qui n’est pas le cas des OGM)

-Des travaux anti-érosifs de surface (cordons pierreux, micro-barrages, digues filtrantes etc.) pour tirer parti au maximum des eaux de pluies et combattre l’érosion des sols, les inondations et recharger les nappes phréatiques qui entretiennent les puits et les sources.Il s’agit de gérer la pluie.

- Les semis sans labour avec le zaï amélioré avec compost et les demi-lunes améliorées qui retiennent l’eau là où elle tombe et permettent de localiser le compost. (la charrue n’est pas  indispensable, la kassine peut la remplacer)

- Les plantations d’arbres fertilisant et  les haies vives pour favoriser l’infiltration de l’eau, protéger les cultures des vents, fertiliser les sols et créer un environnement favorable au bien-être des animaux, au maintien d’une faune et d’une flore auxiliaire utile.

- le reboisement des surfaces disponibles et dénudées avec diversité d’espèces pour les combustibles, la pharmacopée, l’art et l’artisanat, la nourriture humaine et animale, la régénération des sols etc.                « Un village, un bosquet »      et          « Pépinières villageoises »

- Le biogaz, combustible pour cuisiner et s’éclairer. Il est produit dans un biodigesteur individuel, alimenté essentiellement par les déjections animales des bovins et porcins. Le procédé a comme autre avantage de fournir de l’engrais organique. Le biodigesteur  domestique  est vulgarisé par le programme national de bio-digesteurs du Burkina Faso (PNB-BF)

Toutes ces techniques  exigent des financements, des formations et une diffusion des connaissances. Elles contribuent à protéger l’environnement  et à augmenter les rendements des cultures et donc à améliorer  l’autosuffisance alimentaire des burkinabè.

20 fiches techniques 2013 ont été élaborées par le GTD (Groupe de Travail Désertification).

Thèmes de ces fiches: la haie vive antiérosive, faidherbia albida, la demi-lune améliorée, les cordons pierreux etc.

Télécharger ces fiches sur le site du GTD: http://www.gtdesertification.org/rubrique61.html

Pas d’augmentation des rendements sans humus.

Autrement dit « pas d’agroécologie améliorée sans compost »

Au Burkina, les rendements du mil ne progressent que chez une minorité de cultivateurs. Tous les cultivateurs disent que c’est par manque de compost qui se traduit par un taux de matière  organique très faible ( 1%, d’après les analyse de terre réalisées par Solibam dans la région de Kongoussi)

Les disponibilités en compost sont loin de couvrir les besoins des cultures. Il faudrait au moins épandre 4 à 5 tonnes de compost par hectare (10 000 m2) soit 30 à 35 charrettes.

 

Des solutions pour enrichir le sol en  humus:

- Mieux collecter dans au moins 2 fosses les matières compostables: pailles de céréales, résidus de battage du mil, herbes de brousse, plumes, déchets ménagers, cendres, sciure de bois, bouses, crottins, feuilles et brindilles (surtout ne pas les brûler!)

- Développer l’élevage rationnel des bovins ( 2 à 4 têtes par exploitation) pour le fumier et la traction.

- Planter des arbres espacés, par exemple le faidherbia albida (zaanga en mooré) qui perd ses feuilles en saison des pluies, il enrichit le sol.

- Planter des haies vives après avoir installé des clôtures d’épineux ou en grillage pour protéger les arbustes de la divagation des animaux. La taille des arbres en bois fragmenté (BRF) pourrait fournir de grandes quantités de compost. C’est ce que réalise avec succès  la ferme pilote de Guié,  avec   le concept du bocage sahélien.

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  Investir dans l’agriculture vivrière pour lutter contre la sous- alimentation.

La majorité des paysans n’atteint pas l’autosuffisance alimentaire. Avant les récoltes, les greniers sont vides pendant plusieurs mois. Les paysans font la soudure en achetant des céréales subventionnés par l’Etat. Parfois, des membres de la famille, salariés à l’extérieur, viennent en aide à leurs frères paysans en achetant des sacs de mil. Un comble pour des paysans!

Quand elles existent dans les villages, les cantines scolaires sont approvisionnées  par le PAM (Programme Alimentaire Mondial) pendant quelques mois!

L’Etat burkinabè consacre  à l’agriculture 10% de son budget mais plus de la moitié des dépenses du budget du Ministère de l’Agriculture passe dans son fonctionnement. La part réservée aux cultures vivrières et à l’élevage reste  faible.

Les paysans n’ont pas la capacité financière d’investir dans leurs moyens de production. La majorité ne dégage pas de revenu, les crédits leur sont donc  refusés (pas de garanties)

Sans aide, ils ne peuvent pas se développer. Quelques ONG et  associations  apportent des aides financières à l’agriculture.

Dans quels domaines investir ?

- La formation et la diffusion des techniques.

- Les techniques qui enrichissent le sol en humus ( élevage des bovins, fosse de compostage, plantations d’arbres et de haies vives , travail superficiel du sol avec la kassine à traction animale…) et ceci en enrichissant les sols durablement.

(les subventions des engrais chimiques , dépenses annuelles, ne sont pas de l’investissement.)

- Les techniques permettant de retenir l’eau dans les parcelles (cordons pierreux, zaï amélioré, haies vives, kassine…)

- La petite irrigation à partir de petites retenues d’eau  pour produire des légumes  destinés  à l’autoconsommation des familles  pendant quelques mois, ou commercialisés en circuits courts.

Nous reparlerons du zaï et du compost dans les chapitres suivants.

 

Formations agricoles et métiers  en milieu rural

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La ferme pilote de Guié propose des formations aux jeunes garçons et jeunes filles burkinabè, âges de 14 à 18 ans. Formation pratique et théorique de 3 ans dont 8 mois de stage. Solibam prendra en charge les frais de scolarité. Pour plus d’information Tél 06 98 67 36 01

A la sortie de la formation, les jeunes peuvent trouver un emploi en milieu rural:

-  Animateurs dans les villages

-  Pépiniériste à son propre compte

-  Agriculteurs et éleveurs formés et compétents

-  Aménageurs ruraux ( retenues d’eau, plantations, haies bocagères…)

-  Ouvriers spécialisés dans les fermes privées ou associatives

 

→ Les Maisons Familiales du Burkina proposent des formations en agriculture-élevage, maraîchage et élevage des petits animaux.

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